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    Le casque du futur est-il déjà là ?

    Imaginez-vous dans un futur pas si lointain : il fait 40 °C en hiver, les robots ont pris le contrôle de nos vies, nous roulons tous avec des motos électriques chinoises et nous avons des casques énormes qui nous font ressembler à des Transformers ratés. 

    Dans cette dystopie capillotractée, se cache peut-être une réalité : le casque moto tel qu’on le connait va changer. D’ailleurs, il a déjà changé depuis l’entrée en vigueur de la norme ECE 22-06 en ce mois de juillet 2022.

    Pour nous aider à comprendre pourquoi cette norme est disruptive, on en parle avec le leader français du casque, Shark et son directeur du marketing Benoit Lavit. Et là, vous vous dites qu’il va nous servir la soupe ? Sauf que Shark fait partie des premiers, avec le Spartan RS, à avoir sorti un casque sous la nouvelle norme. En plus, Benoit a travaillé pendant longtemps en R&D et maitrise bien la question. Après tout, on interviewe que des gens compétents sur A2Riders.com !

    Mais pourquoi cette norme ECE 22-06 marque-t-elle un tournant ?

    © A2Riders.com – Shark

    C’est la première fois depuis le début des années 2000 que la législation sur la sécurité des casques est profondément revue. Est-ce l’évolution logique de notre société normée où tout est rigidement contrôlé ? Non, il s’agit surtout la mise à jour de tests de sécurité qui étaient franchement à côté de leurs pompes depuis 20 ans, voir limite dangereux. 

    Certains tests étaient presque symboliques comme la projection de deux billes d’acier à 27 km/h sur le casque. La norme ECE 22-06 prend les choses en main et fait passer la vitesse d’impact à 215 km/h. En tout, il y aura 18 points d’impacts contrôlés, au lieu de 6, à haute et basse vitesse, mais aussi des tests d’impact oblique ou encore de la résistance à l’abrasion.

    © A2Riders.com – Shark

    L’idée est de rendre pertinente une norme avec un usage moderne fait par les motards. Ceux-ci ont tendance à plébisciter des accessoires qui échappaient, jusque-là, à tout contrôle de sécurité : intercom, écran solaire ou encore fixation de GoPro.

    « Pour les accessoires, on a vu des casques qui sont dégradés par les agrafes ou les fixations des intercoms. C’est donc un gros challenge pour les accessoiristes comme pour nous », explique Benoit Lavit, directeur marketing de Shark.

    L’homologation des écrans sera, elle aussi, plus sévère, avec mesure de résistance à l’impact d’objets, mais aussi à l’arrachement en cas de chute. « Sur ce point, on était déjà en avance et on avait prévu un test balistique avec un écran de 3 ou 4 mm, on imagine un gravier lancé à pleine vitesse sur l’autoroute. Même chose pour éviter une visière arrachée comme Nakagami en Moto GP, on avait déjà bloqué les fixations sur le côté avec des petits « lardons » sur l’ancien Spartan RS. Ce n’était pas la norme, mais c’était nos exigences sécuritaires à nous », décrypte Benoit Lavit.

    Pour lui, le changement le plus important, c’est celui sur l’accélération rotationnelle« Au travers des casques de motocross, nous avons déjà beaucoup travaillé dessus. Il s’agit d’encaisser un choc qui n’est pas à pleine vitesse, mais qui a lieu à un angle de 45 degrés par exemple, et qui engendre une accélération transmise niveau de la boite crânienne et provoquer une sorte de KO. Le plus simple, c’est d’éviter au casque de faire sa rotation et d’éviter d’avoir un élément qui vient bloquer le mouvement, comme un spoiler », explique le directeur marketing qui a longtemps travaillé en R&D. 

    Chez Shark, ils sont un peu obsessifs sur la sécurité depuis quelques années, « on était déjà très proche de ce que la nouvelle norme impose désormais », explique Benoit Lavit qui met en avant le savoir-faire acquis en compétition : « On a beaucoup travaillé sur la question au travers des casques pour le Moto GP, par exemple, avec notre spoiler qui dégage en cas de choc », explique-t-il.

    Allons-nous enfler du casque ?

    © A2Riders.com – Shark

    Votre couvre-chef va donc évoluer et devenir plus pertinent. Mais aussi plus gros, forcément, avec des épaisseurs augmentées pour la calotte en fibre ou en carbone et des écrans plus épais aussi.

    Si Shark estime avoir réussi à contenir ce gonflement, le nouveau Spartan RS pèse 1530 grammes (en taille M) contre 1450 grammes pour l’ancienne version. On devrait donc assister à une augmentation généralisée du poids des casques de l’ordre de 50 à 100 grammes. Rien de dramatique, mais l’aérodynamisme risque de prendre une place plus importante pour venir épauler nos petites cervicales fragiles.

    Malgré tous ces changements, il ne faut pas s’attendre à une rupture en matière de design, « les formes ne devraient pas évoluer en soi », explique Benoit Lavit, « chez Shark, on continue de travailler sur l’aéro et la gestion des flux d’airs comme auparavant. C’est l’intégration des systèmes surtout qui va devoir changer »

    « Les accessoires devront être intégrés au casque de manière à ne pas perturber le test. C’est un gros challenge pour les accessoiristes comme pour nous. C’est aussi pour cela que l’on développe nos systèmes intercom intégrés ». Les éléments seront donc dispatchés dans le casque, ce qui devrait encore une fois alourdir le poids total.

    Enfin, il y a un dernier changement qui va intéresser ceux qui aiment soigner leur style façon Daft Punk : les écrans fumés pourront être plus sombres, mais seront soumis à une interdiction de les porter de nuit.

    Disparition du bas-de-gamme : un pas en avant pour le motard ? 

    © Hamdi Ben Lagha pour A2 Riders

    L’apparition de la norme ECE 22-06 ne devrait pas changer beaucoup les habitudes des grands manufacturiers, qui avaient déjà adopté des tests plus poussés que la vieille norme, « avec notre laboratoire et nos tests, on était déjà pratiquement au niveau », explique Benoit Lavit de chez Shark, « on a des exigences assez hautes, héritées de la compétition ». 

    Mais du coup, le prix du casque va-t-il augmenter globalement ? « Ça fait plus de casques à tester pour nous, plus de temps en laboratoire, donc on a augmenté notre personnel, mais ça ne changera pas grand-chose et on devrait absorber le surcoût », explique le représentant, qui parle d’une montée en gamme de sa marque.

    D’ailleurs, le principal impact sur le marché, en plus des 18 testés, c’est sur le bas de gamme. Les normes plus contraignantes vont tirer vers le haut certains produits venus d’Asie très douteux, qui ne respectaient pas certaines étapes de contrôle. 

    Le néo-permis A2 qui a un budget limité ou qui a tout cramé dans son Harley-Davidson customisé, ne pourra donc plus acheter un casque à 50 euros de chez Lidl ou sur un marché à Vintimille. Et c’est tant mieux, car il était aussi utile de le porter, que de rouler avec un poulet vivant sur la tête.

    Si la norme est entrée en vigueur en ce mois de juillet 2022, les casques sous l’ancienne norme ECE 22-05 ne devraient pas disparaitre des échoppes avant 2024. Pour Shark, le Spartan RS est donc le premier à l’adopter, « on développait un nouveau casque, donc on a voulu s’approprier la nouvelle norme, la comprendre le plus tôt possible.»

    Voilà, je vous ai vendu en début d’article une révolution du casque, mais je vais conclure en vous disant qu’il ne s’agit finalement que d’une évolution attendue depuis longtemps. Mais au moins, maintenant, vous êtes au courant de la nouvelle norme de sécurité et vous ferez attention au moment de l’achat de votre casque. Sur A2Riders.com, on fait du Putaclic instructif !

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