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    Test Royal Enfield HNTR (Hunter) 350 : petite moto, grand cœur ?

    Trop puissantes, trop compliquées, trop chères. Les motos de notre époque sont parties rejoindre la planète de la déraison. Royal Enfield a décidé de faire le chemin inverse, de redescendre sur terre, pour ralentir le monde moderne et revenir à des plaisirs simples. Voici donc la HNTR 350, une petite moto, petit budget, mais qui veut vous séduire. Oui, vous, coincés dans le métro, le tramway, le bus, et qui rêvez de devenir un motocycliste cool et libre des contraintes du quotidien.  Devenez Steve McQueen et pour pas cher !

    Royal Enfield HNTR 350 : Un air de déjà-vu

    © Photos Florent Meuret et Rodolphe Herpet – pour A2riders.com

    La Hunter, c’est déjà la troisième déclinaison de la plateforme J, après le cruiser Meteor et la classique Classic.  La Hunter cherche à se faire une place dans cette gamme 350, en allant chasser le citadin branché, mais au petit budget, qui se cache partout dans le monde. Car Royal Enfield cherche à rajeunir sa cible pour ne pas finir momifié par ses clients aux cheveux gris qui adulent la Bonneville. Alors, la petite Royal Enfield tente un exercice délicat que peu de constructeurs parviennent à maitriser : faire du moderne avec du classique, tout en sortant du lot. 

    On retrouve donc le petit monocylindre de 349 cm³ refroidit par air, qui s’assure du côté classique de la moto. Il y a aussi les codes néo-rétro de rigueur : phare rond, réservoir « goutte d’eau », selle plate, etc. Pour le côté moderne, Royal Enfield a sorti toute une palette de couleurs très réussies, avec du mat, en lieu et place de ce qui brille habituellement sur les motos, moteur et échappements.

    C’est tendance et ça suffit à rendre la petite RE très désirable et très fraiche. Au passage, la HNTR met un coup de vieux au concept de néo-rétros (rappelez vous le Top 5) sans trop en faire. D’autant que les Indiens ont bien travaillé, la finition est de qualité pour ce niveau de prix, avec une attention aux détails, les quelques câbles qui trainent sont vites pardonnés. La HNTR respire la vraie moto et si vous vous pointez à une réunion de motards hipsters façon Paris Classic Riders, personne ne se doutera que vous êtes pauvre (ou radin).

    Mais la modernité passe aussi par des bonnes qualités dynamiques. La plateforme J, c’est-à-dire moteur et châssis, a subi des modifications et voilà la Hunter plus courte et plus légère que ses sœurs. Mais à 195 kg sur la balance après avoir mangé, c’est déjà beaucoup de moto, pour une moto. Ajoutez à cela deux roues de 17 pouces pour un comportement neutre et simple à apprivoiser, et vous avez votre HNTR prête à traquer la ville, agile comme un tigre du Bengale bondissant sur un méchant braconnier.

    Royal Enfield HNTR 350 : Safari photo urbex

    Elle plait aux jeunes ! © Photos Florent Meuret et Rodolphe Herpet – pour A2riders.com

    Quand tout le monde cherche la course à la puissance, la performance en haut des courbes de vitesse, RE a décidé de prendre le problème à l’envers. Et si le bonheur était dans le plaisir à basse vitesse ?  20,2 ch, c’est à peine plus qu’une petite 125 cm³. Et ne cherchez pas à passer la 6e, il n’y a que 5 vitesses. Un rapport poids/puissance qui ne fait pas rêver sur le papier. Mais la HNTR n’est pas là pour remplir la fiche technique. D’ailleurs, elle va au bout du concept et fait disparaitre le compte-tour pour le régime moteur. Comme ça, c’est réglé.

    À peine debéquillée, la petite RE vous donne de l’amour. Une facilité de prise en main qui vous donne l’impression de l’avoir dans votre garage depuis toujours. Et une réelle aisance dans les basses et moyennes vitesses. La HNTR vous invite à profiter du couple de son monocylindre, pour rouler tout en souplesse, sans monter dans les tours. Comprenez : elle est faite pour rouler sous les 110 km/h. 

    Taillée pour la ville donc. Alors, notre balade organisée en Bourgogne pour la découvrir, commence par une balade à Dijon. Virages à angles droits, stop, rond-points, tramway, ce n’est pas réellement le terrain de jeu habituel pour tester une moto. Mais la HNTR se laisse faire. On en oublie de passer la 3e et on finit par s’amuser comme des ados avec leur première 125. La HNTR est une moto ludique et autorise quelques facéties, qui seront forcément raisonnables.

    Il est midi, et à Dijon, les bureaux sortent manger. Les rues sont encombrées : véhicules, piétons, bus, on se faufile comme on peut. Mais dans toute cette agitation, la HNTR navigue, zen comme une surfeuse indienne dans Los Angeles.  Sur la petite Royal, les changements de directions se font vite, sans forcer, juste au regard. Si vous deviez repasser le plateau du permis avec cette moto, vous vous demanderiez pourquoi on fait tout un foin de cette épreuve. Une moto avec un centre de gravité bas qui offre un excellent équilibre et une maniabilité redoutable qui fait oublier son poids. Le demi-tour ? Pfff facile, je viens de le faire dans une petite ruelle, entre 2 bus, 3 nids de poules et 2 mamies. La HNTR permet de vite prendre confiance et faire de la moto devient évident, même pour un débutant, sans avoir à faire appel à des milliards de techniques de vieux motards pour mener l’engin.

    Au coeur de la ville, la HNTR est redoutable, elle chasse les interstices et l’on trouve son chemin entre les voitures quoi qu’il arrive. Petit gabarit compact, moto basse, pas besoin d’avoir le compas dans l’oeil pour passer entre les rétros. 

    Question : si c’est une petite moto les grands vous souffrir ? Nous étions plusieurs à dépasser le mètre 80, avec des gabarits variables, pourtant aucun de nous n’a souffert sur la selle qui culmine à 765 mm, ou ne s’est senti coincé sur la moto. Une position de conduite relaxe, naturelle et une selle confortable. De quoi passer la journée sans ronchonner, rare pour des journalistes. Mieux, personne sur les photos ne ressemble à un adulte qui aurait volé un vélo d’enfant. Un détail important pour une moto qui veut représenter la nouvelle coolitude du biker urbain, de Londres à Mumbai. C’est en tout cas ce que veut nous faire comprendre la vidéo promotionnelle. 

    Royal Enfield HNTR 350 : les Britanniques sont flegmatiques, les Indiens aussi, la HNTR encore plus

    © Photos Florent Meuret et Rodolphe Herpet – pour A2riders.com

    Retour à Dijon. La route se dégage enfin, et on accélère gaz en grand. La vitesse est… raisonnable ! La HNTR est une lady qui refuse de taper un sprint, pas bon pour le look. Le mono n’est pas un foudre de guerre, il est même un peu poussif. Mais c’est une force tranquille de 20,2 ch. Il tracte à son rythme pour vous emmener à destination. Les 27 Nm de couple tirent juste ce qu’il faut de réactivité pour sortir du feu rouge avec vigueur, mais pas trop pour s’emballer et finir dans le tramway rose devant.

    Un moteur flegmatique, qui s’exprime tout en rondeur. D’ailleurs, il n’est pas désagréable, peut-être un peu trop discret au niveau des « good vibrations ». Les vibrations, ce truc qui finit par vous donner des fourmis dans les mains, mais qu’on aime tous parce que ça rend la moto vivante. Le monocylindre est bien plus moderne que celui de la Bullet 500, moto attachante, mais qui donnait vraiment l’impression de conduire un bateau à vapeur, et qui passait sur cycle essorage si vous rouliez à 110 km/h. Pas de ça sur la HNTR, alors pour compenser ce caractère lisse, Royal Enfield a travaillé sur la sonorité de l’échappement. Non, pas en lui donnant de la voix puisque c’est interdit, mais en le laissant faire « puff puff ». Des petits claquements d’air qui viennent égailler votre balade.

    Alors à bords, tout se passe en douceur, embrayage, passage de vitesse, tout est en place, sans faute de goût, sauf ce pilote pressé qui cherche à bourriner. Feu rouge suivant, freinage ! Le simple disque est à l’image de la moto. Il ne présente pas de performances extraordinaires, n’aura pas beaucoup de mordant, mais il fera le boulot en adéquation avec l’esprit de la moto et du rythme qu’elle impose. Ce n’est pas plus mal en ville, quand il faut le faire intervenir à basse vitesse, sans pour autant se faire agresser et risquer de passer par-dessus bord ou juste perdre l’avant parce qu’on a mal dosé sur le mouillé.

    D’ailleurs, en bonne Indienne, la HNTR se conduit au frein arrière. On joue de la pédale en permanence pour se stabiliser et trouver l’équilibre à basse vitesse ou pour ralentir à l’approche d’un obstacle. C’est son côté rétro finalement. 

    J’arrive un peu fort sur un dos d’âne. Aie ! À l’arrière, les ressorts combinés sont un peu secs et trouvent vite leur limite sur les gros obstacles. À l’avant, c’est l’inverse, la fourche est un peu molle, plonge quand on freine fort. Le confort n’est pas gâché, mais les suspensions ont leur limite. Normal pour de l’entrée de gamme à prix réduit. Encore une fois, moto à la cool, conduite à la cool.

    Royal Enfield HNTR 350 : rage against the machine

    © Photos Florent Meuret et Rodolphe Herpet – pour A2riders.com

    On quitte enfin de la ville, direction Beaune par les petites routes entre les vignes. L’occasion de sortir la HNTR de sa zone de confort pour voir ce qu’elle a réellement dans le ventre. Mais la petite 350 impose son rythme quoi qu’il arrive. Et la balade devient charmante, on butine du regard les paysages en laissant trotter le mono. On enroule gentiment les virages sans forcer.

    Mince, il faudrait bosser un peu. Alors, avec mon camarade de Riding Spirit, Yoann, nous décidons de forcer le rythme. On pousse la HNTR au-delà de sa vitesse de prédilection. On n’ira pas beaucoup plus haut que les vitesses légales de toute façon. Elle conserve ses qualités et dans une débauche de puissance contenue, elle reste difficile à prendre à défaut. Au freinage, la fourche plonge, le manque de mordant du freinage oblige à avoir de la poigne sur le levier et surtout à anticiper les virages. On restera raisonnable sur la prise d’angle avec les pneus CEAT au profil étroit et qui ne donnent pas beaucoup de feeling de la route. De toute façon, la limite est vite là et c’est un coup à vite frotter l’échappement et autre point dur d’une moto qui n’aime pas être sur l’angle.

    Rien à faire, la HNTR a décidé qu’elle serait cool, relax, impossible de la faire s’énerver. Le flegme indo-britannique est plus fort que le Parisien en mal de vitesse. 

    Normalement, c’est ici que je vous dis qu’il manque au moins 10 ch pour que la HNTR soit polyvalente et vraiment séduisante. Mais en réalité, si vous rajoutez 10 ch, vous foutez toute la moto en l’air, vous saccagez son état d’esprit et vous obtenez une mauvaise moto. Non, la petite Indienne ne prendra pas l’autoroute, et oui, c’est beaucoup mieux comme cela.

    Alors, on se résigne à lâcher prise, à se détendre et à profiter de la lumière de l’automne qui caresse les vignes dorées de Bourgogne. C’est beau de lever le nez du guidon.

    Royal Enfield HNTR 350: conclusion

    © Photos Florent Meuret et Rodolphe Herpet – pour A2riders.com

    La HNTR ne fait pas semblant, c’est indéniable. Royal Enfield propose un petit utilitaire pour faire de la ville, tout en ayant le plaisir d’une jolie moto, un peu old school mais suffisamment moderne pour rester vivable. Oubliez vos référentiels habituels basés sur la performance ou le besoin de rouler à 160 sur autoroute. Après tout, on peut traverser le monde en 125, en mobylette ou en Vespa, c’est juste une question d’envie et de temps.

    Son prix contenu, à partir de 4 490 euros, viendra séduire les plus jeunes permis qui bavent devant les Interceptor ou les Bonneville, mais qui n’ont pas encore le budget. Elle sera la moto idéale pour celui et celle qui sortent du permis et ont besoin d’être rassuré avec une moto simple qui ne fera pas de siennes. Et pourquoi pas une deuxième ou troisième moto pour les renards argentés qui veulent rouler au quotidien sans avoir à sortir l’artillerie lourde et sans renoncer au plaisir de rouler ?

    La HNTR, c’est un état d’esprit très moderne, en phase avec son époque, celle de la décroissance, du retour aux choses simples, de la vitesse limitée et de l’essence devenue trop chère pour la bruler sans compter. D’ailleurs, Avec une consommation annoncée à 2,6 L/100, vous allez vider son réservoir de 13 L au ralenti et ne vous rendrez pas compte qu’il y a eu pénurie d’essence pendant 2 semaines. Elle est parfaite dans son rôle de citadine modèle et contemporaine.

    Vraiment ? 

    Je me pose une question : cette Royal Enfield, semble considérer la ville du point de vue indien et oublier qu’en Europe, le thermique est peu à peu banni des agglomérations. Ne fallait-il donc pas qu’elle soit électrique ? Ce n’est qu’une question de timing, les Indiens se préparent et travaillent déjà dur pour sortir une moto électrique en 2025. La fin d’une époque ? Le début d’une autre.

    Et en face ?

    Ces dernières années, les petites cylindrées pas chères étaient la chasse gardée des motos « exotiques » venues de Chine. Mais les choses sont en train de changer et les moteurs en train de dégonfler dans les catalogues. Les marques établies se mettent à leur tour à la petite cylindrée, en grande partie pour séduire les marchés asiatiques qui vendent les motos en paquet de million et qui ne semblent pas pressés de tuer le thermique, contrairement à l’Europe.

    Les autres Royal Enfield, dont la Scram

    © A2Riders.com


    Royal Enfield ne propose (pour le moment ?) que des motos accessibles en A2. Top ! Vous voilà dans une concession RE, tiraillé entre la voyageuse Meteor au look qui sent bon les années 80 et les chromes de la Classic qui vous font briller les yeux et vous vous dites que la Bullet c’était chouette. Et pourquoi pas un trail de baroudeur pour partir à l’aventure avec l’Himalayan ? Et finalement, si c’était la Scram 411, le Scrambler des villes ? Il ne vous reste qu’à relire les essais sur A2 Riders pour vous aider à choisir.

    Benelli Imperiale

    La sino-italienne voulait proposer une alternative à la Bullet 500, plus moderne. Mais l’élève n’a jamais dépassé le maître et a même tourné à la caricature. Une finition très plastique, un moteur asthmatique, et une moto qui vous rappelez à chaque instant son prix de 4 699 euros. La HNTR la renvoie dans l’anonymat, et c’est mieux ainsi.

    Triumph qui débarque en Inde

    Triumph, c’est une marque anglaise snob qui aime le premium, c’est-à-dire les belles motos qui coûtent cher. Mais les gars et les girls de Hinckley ne veulent pas se faire bouffer des parts de marché qui pourraient remplir les caisses. Alors, Triumph va s’attaquer à l’Asie. Comment ? En s’associant au géant Indien Bajaj pour construire ses « baby Bonneville ». Un monocylindre de cylindrée inférieure à 500 cm³ (selon les rumeurs), un look so british et un prix que l’on imagine lui aussi baby. Mais va-t-elle débarquer en Europe ? Wait and see et relisez l’article sur la Baby Bonnie.

    Honda qui prépare quelques surprises

    Honda a pas mal travaillé sur sa gamme 2023. Après la Hornet et la Transalp, on attend une autre nouveauté (ou 2). Les rumeurs parlent du retour de la Dominator NX 500 ou de la CL 500. Deux petites cylindrées qui seraient basées sur la CMX 500. Des motos au profil très proche de la Royal Enfield mais avec plus de puissance, et donc plus couteuses. On ne sait pas encore pour quand elles sont prévues, mais il faut rester attentif. Peut-être à l’EICMA ?

    J’ai aimé :

    • Jolie bécane
    • Moto la plus facile pour débuter ?
    • Douceur de vivre
    • Rapport qualité/prix

    J’ai moins aimé :

    • Moteur un peu discret
    • Freinage un peu « mou »
    • Les pneus d’origine
    • Pas de phare LED

    Fiche technique ici

    Équipements de Julien (1,82 m – 80 kg) 

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