Hivernale Marmottes St-Veran - A2Riders.com
    Aventure
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    Road trip hivernale à Saint-Véran : les marmottes, ça tient chaud !

    Participer à une hivernale, c’est une expérience étrange mais ce n’est pas un bizutage, plutôt un rite initiatique. À Saint-Véran, je découvre les marmottes, des animaux singuliers mais qui n’ont pas peur de partager. En plus la marmotte, ça tient chaud.

    J’espère que vous vous êtes un peu réchauffés depuis la première partie où je raconte ma découverte de la moto en montagne sous la neige. Car nous voilà arrivés.

    Les marmottes sont établies à l’entrée du village. Premier contact avec la neige verglacée, je sors les pieds, juste au cas où et je me gare près d’une GS. « Attention avec tes valises tu vas toucher ! Attends, je vais t’aider. » Premier contact établi, ici l’entraide est une coutume toujours respectée. L’humour aussi : « c’est mignon ta moto, on dirait presque une vraie ! » me charrie Willy le propriétaire de la GS 1250, « mais elle a une petite gueule avec ses valises, c’est sympa ».

    À 3 c’est mieux

    © Emerick Houplain pour A2Riders

    Je commence par faire timidement le tour du campement, un peu émerveillé de voir des engins improbables parvenir à grimper jusqu’ici. 

    Je découvre que le sidecar, n’est pas un truc de vieux un peu suranné, mais l’arme ultime en hiver, surtout sur le verglas. Il y en a de toutes les sortes : des Triumph Bonneville attelées, des BMW K1 attelées, des GS attelées, etc. Car oui, ils arrivent à foutre un panier sur tout ce qui roule ! La FJ 1200 Comète est peut-être ma préférée. Mais le plus improbable c’est le Side-Bike Zeus, avec son moteur de Peugeot 206 dans le coffre du panier. Panier qui est fermé et chauffé. C’est presque triché non ?

    Et puis il y a le plus culte, le sidecar russe qui n’a peur de rien : l’Ural. On dirait qu’il s’est échappé du film Indiana Jones. En réalité, il s’est échappé de la Russie soviétique de la Seconde Guerre mondiale. Le moteur a été piqué sans vergogne à la BMW M72. Un flat-twin qui n’a quasiment pas évolué depuis plus de 70 ans. Ah si ! Il est Euro5 maintenant. 745cm3, une quarantaine de chevaux, et une vitesse de croisière à 90km/h, l’Ural c’est une machine à remonter le temps et à traverser l’espace, mais tranquille. 

    « Les 3 roues, c’est convivial, les gens sur la route vous regardent, ils klaxonnent, disent bonjour en passant » me raconte Rémy qui roule en Ural justement. Je commence à me prendre au jeu, d’autant que le camarade Philippe est venu en sidecar Mash Side Force 445 et que j’ai réussi mon baptême sur 3-roues malgré une route glissante dans les lacets de montagne. Tourner à droite et placer son corps, une p*t**n d’aventure en side.

    Avoir froid pour avoir chaud

    © Emerick Houplain pour A2Riders

    La nuit est tombée. Avec le froid, il faut se rapprocher des autres pour s’approcher des braseros qui réchauffent. Les barbecues marchent à plein régime, une petite saucisse, un bout de pain et ça va tout de suite mieux. « Tu bois quoi ? Mais t’as pas de gobelet ! Comment veux-tu que l’on te paye un coup à boire ». Si vous partez en hivernale, le pendentif gobelet est plus qu’un accessoire de mode, il vous évitera une faute d’étiquette grave. D’ailleurs, il est correct de ramener sa boisson afin de partager.

    Je commence à discuter avec un groupe bien animé. Les gars viennent de Bayonne. Plus de 1000 km en plein hiver pour camper dans le froid tout le weekend. Il faut être très motivé, ou un peu maso. Peut-être les deux. Rémy, expérimenté de la manoeuvre m’explique : « c’est pour décompresser, par amour de l’adversité. Et puis parce qu’il faut être un peu givré pour rouler par ce froid ! ». 

    Les machines sont mises à rude épreuve mais les motards aussi en prennent plein la gueule. Certains ont affronté la tempête de neige sur le col du Lautaret comme le racontent Lucas, Baptiste et Marie, pas déçus du voyage et grand sourire comme s’ils avaient touché le gros lot !

    © Emerick Houplain pour A2Riders

    La galère serait-elle une fierté qu’il faut afficher ? Tous sont fiers de ces galères, certains les affichent même sur leurs valises. Je me fais vite rabrouer pour avoir pensé qu’il s’agissait d’une forme de vantardise, « les galères c’est un plaisir, une petite victoire  mais je ne fais pas ça pour les autres ou pour me vanter, je m’en fous ! Les galères c’est perso ! » m’explique le leader du groupe, dont la célébrité le condamne à un froid anonymat.

    Mais justement, la difficulté est un filtre. « T’élimines les kékés de l’été, là tu peux discuter entre passionnés », m’explique le célèbre anonyme. Grâce à lui je comprends pourquoi je suis accueilli comme l’un des leurs sans même attendre de me connaître. « T’es motard ? t’as fait l’effort de venir ! ». Affronter les conditions difficiles pour se retrouver ensemble, c’est prouver qu’on a envie de voir l’autre, qu’on mérite son amitié.

    Rester au chaud, ce n’est pas une question d’argent

    © Emerick Houplain pour A2Riders

    J’étais inquiet pour le froid. Heureusement, j’ai survécu. Grâce à un mental d’acier d’abord, mais aussi grâce à la Verveine magique de Bob. 40° de plantes médicinales et encore, il l’a faite légère qu’il dit !

    Au fil de mes rencontres, j’ai glané des astuces pour m’équiper à pas cher. D’abord, il faut savoir que le papier journal glissé sous les vêtements, ça tient effectivement chaud. Mais ce n’est pas ce qu’il y a de plus confortable. En plus je suis snob, alors je n’utilise que les pages du Monde Diplo’.

    Ensuite, un autre expérimenté du nom de Thierry, me dit « il faut que tu fasses un tour au rayon chasse et pêche chez Decathlon. Ils ont des vêtements conçus pour les activités en extérieur, c’est du costaud et c’est bien moins cher que les équipements moto». Il me montre son très élégant pantalon étanche aux motifs kaki d’un certain goût. En tout cas, il a mieux survécu au voyage que le jean de mon camarade Nico sous son pantalon de pluie.

    Dernière astuce contre le froid : équiper sa moto. J’ai été choqué de découvrir que les manchons n’étaient pas réservés aux parisiens en scooter. « Ça tient vraiment chaud, indispensable ! », et certains ont même un tablier. Je repense à toutes mes années en Piaggio à entendre les moqueries des amis motards, dur. 

    Les reines du shopping (chez Bricorama)

    © Emerick Houplain pour A2Riders

    Au fil des discussions, je découvre que ces marmottes ne sont pas effrayées par la mécanique. ça fait parti de l’art de vivre. Bob a retapé son Yamaha 750 XTZ, j’ai vu un vieux BMW K1 attelé en side par son propriétaire et une bonne partie des motos présentes, ont un kilométrage inconcevable pour les gens qui vivent dans la plaine : 100, 300, 500 000 km. Encore un défi au temps.

    Au paradis de la bricole, les astuces sont nombreuses. Willy m’a montré sa visière dégivrante « faite-maison », même s’il m’a avoué qu’il allait en acheter une autre au retour. « Moi je roule en casque jet, c’est plus simple pour ne pas avoir de condensation sur la visière», me dit un compagnon de route, qui a quand même enfilé 2 tours de cou. 

    C’était aussi un concours Lépine pour les chaînes sur les roues de moto : Chaînes de 2CV, cordes et même des petites chaînes attachées par des jugulaires de casque. Faites votre choix.

    Le lendemain, l’entraide tourne à plein pour démarrer les bécanes réticentes. J’en profite pour compléter mon kit pour la prochaine fois : toujours avoir un booster pour la batterie qui prend froid. Et avoir du Start Pilote, un petit spray qui va améliorer la combustion du moteur au démarrage. Il faut en mettre dans le filtre à air et hop ! Le tour est joué.

    Dormir isolé mais pas seul

    © Emerick Houplain pour A2Riders

    Les conversations à la frontale s’étirent jusqu’au plus noir de la nuit. Un petit cours de ski-moto improvisé pour démontrer l’efficacité des chaines. Un peu de Snowboard tracté en side et nous voilà à l’aube, enfin pour les plus vaillants. Les anciens grognent fièrement du bordel que les plus jeunes ont foutu jusqu’à 5h du mat’. Mais étonnamment personne ne s’est plaint du froid. 

    Alors, voici le meilleur conseil à vous donner pour dormir : isoler vous bien du sol froid. À chacun sa technique. « Des feuilles mortes, de l’alu (une couverture de survie), un matelas de sol et 3 duvets ! », ça c’est la technique de l’expérimenté Marcel et du haut de ses 77 ans, vous pouvez lui faire confiance. Ensuite, n’oubliez pas d’enlever vos fringues une fois dans le duvet. À défaut de vous rendre sexy, ça laissera la chaleur de votre corps rayonner et fera une poche d’air chaud. 

    Essayez aussi d’empêcher l’air froid de rentrer dans la tente : placer quelque chose devant, faites un petit muret de neige, ou achetez-vous un tipi !

    Romance hivernale

    © Emerick Houplain pour A2Riders

    Enfin, question essentielle : faut-il être célibataire endurci pour faire une hivernale ? Quand j’ai proposé à ma méditerranéenne de femme de m’accompagner, elle m’a répondu très pragmatique : « pourquoi ? ».

    Du coup, je suis super jaloux de Yannick qui a convaincu sa compagne Blandine de partager son délire. « La première nuit on se les gèle, la deuxième on est bien » me dit-elle bravache. « Il fait le malin mais moi je n’ai pas de poignées chauffantes dans le panier ! », ajoute-t-elle. Le couple de trentenaires est venu de Toulon en sidecar Ural. Dans le panier du side, Blandine doit s’emmitoufler dans une couverture et n’est protégée que par un tablier bricolé pour la protéger, « il faut que je le monte différemment, t’as de l’air qui passe par-là » lui dit Yannick. La technique est encore approximative mais c’est le jeu, il faut pratiquer pour trouver les bonnes astuces.

    © Emerick Houplain pour A2Riders

    Troisième hivernale pour Blandine, un peu plus pour Yannick. « Dans le Var, tu as 2 catégories de motards : ceux qui vont parader en Harley à St-Tropez le dimanche et ceux qui vont faire des tours sur le Castellet. Moi je ne me reconnaissais pas en eux, alors j’ai trouvé cette 3e catégorie, et j’adore ! ». Yannick a passé son permis en 2012, il a fini par acheter un side pour voyager à deux. Ils ont avalé les kilomètres en Europe mais cette hivernale risque de les pousser bien plus loin : « j’ai discuté avec un type qui revenait du lac Baïkal en Ural ! Il m’a donné plein de conseils », me raconte-il les yeux remplis d’étoiles.  Le projet semble plaire aussi à Blandine.

    Tiens d’ailleurs, le camarade Philippe qui faisait aussi la tournée des popotes, a rencontré un autre couple : Sylvie et Bertrand. Ensemble, ils sont déjà allés 10 fois en Laponie pour voir les aurores boréales. Ils ont raconté à ce cher Philippe, qu ils ne sont jamais parvenus à en voir une ! « Lui relativise, en expliquant que finalement, le voyage est aussi important que la destination, tandis qu’elle, blonde menue et souriante, déclare avec le plus grand naturel que, côté froid, ça va jusqu’à moins 30°, mais qu’après, il faut quand même anticiper un peu », raconte Philippe dans son reportage pour Moto-Mag. Cette anecdote va peut-être convaincre ma moitié de venir un jour, qui sait ?

    Conclusion ?

    C’est assez simple : Faites une hivernale. Et comme dit le sage Bob : « faut faire les petites, elles sont plus sympas ! ». Au passage, vous retrouverez peut-être certains personnages de ce récit car les hivernales sont comme des braseros dans la nuit, des points de rassemblement qui vous tiendront chaud pour tout l’hiver.


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