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    Test Harley-Davidson Nightster A2 : vrai Sportster ou fausse Harley ?

    Avec le Nightster, les permis A2 vont pouvoir goûter à la moto made in USA. Mais Milwaukee a revu sa recette et le Nightster doit cultiver son héritage, tout en proposant quelque chose de nouveau et adapté au monde en 2022. C’est un peu comme demander à Michel Drucker de se mettre à TikTok. 

    Harley-Davidson Nightster A2 : Make Milwaukee Great Again ?

    © Hamdi Ben Lagha – A2Riders.com

    Le Sportster c’est 65 ans d’histoire. Les old timers vous parleront de chrome, de moteur en fonte, de refroidissement par air et de boîte 4 vitesses. Pour eux, les freins sont une anecdote et le poids d’enclume, une illusion de l’esprit. Bref, c’est un autre monde régi par des codes qui se sont figés avec le temps.

    Avec l’âge, les pirates aux guidons des Harley sont devenus des gardiens du temple, refusant toute forme d’évolution considérée comme une hérésie. L’héritage est devenu lourd à porter pour une marque qui est surveillée dans ses moindres faits et gestes par ses adorateurs. Grâce à eux, H-D est devenu une icône de la culture pop. Pourtant, Harley-Davidson a besoin d’aller de l’avant pour survivre. Milwaukee est en crise et les finances sont dans le rouge. Il faut donc réinjecter de la fraicheur dans la gamme et aller chercher un nouveau public. 

    Ça tombe bien, en 2020, le Sportster est poussé vers la sortie par les normes anti-pollution. Le deuil n’était pas terminé, que H-D fait déjà renaitre le modèle mythique avec 2 nouveaux Sportsters : le Sportster 1200 et le Nightster en 975 cm³. Deux motos qui héritent du moteur de la Panamerica : le Revolution Max. Le premier entièrement à refroidissement liquide de la marque. Objectif : Make Milwaukee Great Again !

    Harley-Davidson Nightster A2 : déjà, c’est quoi ?

    © Hamdi Ben Lagha – A2Riders.com

    Commençons par reprendre les bases pour les non-initiés à l’univers Harley-Davidson. Oui, je parle de moi. Je décide en conséquence d’appeler un collègue qui connait bien les Américaines. 

    « Bob, je dis quoi aux gens ? 
    – Tu dis que le Nightster, c’est un Sportster. Tu vois, comme les softails !
    – Ok … hein ?
     ».

    Reprenons. Dans le catalogue Harley-Davidson, il y a en gros trois grands groupes : touring, softail, et sportster. Dans ce dernier groupe, se trouve le Nightster, qui est donc une variante du Sportster. « Un peu comme les Lowrider et Lowrider ST sont des softails », tente-t-il pour m’aider. Je te crois sur parole Bob. 

    Le Sportster Nightster, c’est donc la porte d’entrée de l’univers Harley-Davidson. La « petite cylindrée » au prix accessible. À l’époque, il en coûtait moins de 10 000 euros, on y reviendra. 

    Le Nightster c’est une H-D épurée, qui va à l’essentiel, mais qui le fait avec un sacré caractère. Pour l’occasion, le moteur Revolution Max est retravaillé pour passer de 1200 cm³ à 975 cm³, d’où son appellation 975 T. Le Nightster c’est aussi un châssis en 3 parties, soutenues par le moteur et avec une boucle arrière en alu, une autre nouveauté.

    Harley-Davidson Nightster A2 : hommage à la tradition

    Grâce aux enseignements de Bob, je suis arrivé en confiance chez Harley-Davidson Borie, pour rendre la moto d’essai une fois que j’en avais terminé. J’ai voulu faire le malin, entre provoc’ et envie de me faire accepter par les pirates. Lorsqu’ils m’ont demandé ce que je pensais de la moto, à moi qui n’ai roulé que 3 américaines dans ma vie, j’ai répondu : « c’est sympa… Mais ce n’est pas une Harley ». Bob me dira plus tard « What the fuck bro ?! ». En attendant, le type de chez Borie lève la tête, écarquille les yeux et tente de rester calme : « Attends, peux-tu détailler pourquoi ce n’est pas une Harley ? ». Coup de chaud, mais j’ai inséré une pièce dans le jukebox et je vais pouvoir vous expliquer où se trouve l’ADN Harley-Davidson dans cette Nightster. 

    Le Nightster reprend donc la ligne classique du Sportster : une longue fourche, avec un angle de chasse agressif. Une grande roue de 19 pouces à l’avant et 15 à l’arrière. Une petite tête de fourche avec un phare rond. Un petit réservoir (11,7 Litres) en forme walnut, traduisez cacahuète en français, mais ça fait moins badass et plus PMU.  Une prise d’air sur le côté. Une selle basse de 700 mm, pour être vraiment au contact de la route. Un garde-boue arrière rond et tronqué. Vous ajoutez le moteur V-Twin et vous obtenez un Sportster immédiatement identifiable. 

    Harley-Davidson Nightster A2 : la nécessité de la modernité

    © Hamdi Ben Lagha – A2Riders.com

    Je vous l’ai dit, Harley-Davidson est dans le dur. La LiveWire a été un flop, plein de panache certes, mais elle n’a pas trouvé son public. Alors à chaque nouveau modèle, Milwaukee risque sa peau. D’autant que les old timers ont tous déjà acheté leur moto, et qu’ils n’en changeront plus, ou presque. Il faut donc trouver de nouveaux acheteurs, ailleurs.

    Cette fois, H-D s’est lancé le défi de repenser le Nightster en corrigeant les défauts d’une moto avec un fort caractère. C’est un vrai risque puisque ce sont souvent ces défauts qui font l’identité de la moto. Un Sportster, c’était plutôt lourd pour une « petite » moto. Ça vibrait fort, ça ne freinait pas vraiment et avait la maniabilité d’un 18-wheelers conduit par Stallone après 50 bras de fer. Oui, ce soir, vous allez regarder Over the top.

    Débarque donc la modernité, c’est-à-dire le moteur Revolution Max 975 T, un moteur dernier cri qui n’a rien en comment ou presque avec les anciens. Un Bicylindre en V à 60 degrès, qui développe 95 ch et fait du Nightster 2022, le plus puissant des Sportsters de l’histoire. Vous ajoutez de l’électronique pour vous rendre la vie facile : traction control pour l’anti-patinage, gestion du couple résiduel à la décélération, un ride by wire pour les gaz, 3 modes de conduite qui modifient la cartographie moteur, la réponse à la poignée et le niveau d’intervention des assistances. Un système Keyless, et « les clignotants qui sont d’un seul côté, comme sur une européenne… Oue, je sais, mais pour nous, c’est un p*t**n de changement après 65 ans ! », me lâche-t-on chez Borie. Et oui, une Harley-Davidson avait un bouton à gauche pour clignoter à gauche et un à droite pour la droite. « Ceci est une révolution ! », dirait Steve Jobs. 

    © Hamdi Ben Lagha – A2Riders.com

    Esthétiquement, la moto mise sur le black mat à la mode, plutôt que les chromes. Oui, une Harley est toujours une fashion victime. Le compte-tour fait simple, l’écran LED dispose de toutes les informations et ne vient pas rajouter une tablette dans mon quotidien visuel, ce qui est agréable. Par contre, la finition de la modernité est un peu douteuse. Il y a quelques câbles électriques dignes des meilleures chinoises, ou encore ce radiateur piqué à un truck Ford F-150, parce qu’il n’y avait rien d’autre sur l’étagère.

    J’allume le moteur d’une seule pression sur le starter. C’est doux, chaleureux, c’est même discret. Je n’ai pas l’impression que mes dents vont se déchausser ou que mes tympans vont claquer quand je mets un coup de gaz. D’ailleurs, impossible de faire vrombir l’engin pour entendre sa voix à l’arrêt, l’électronique coupe. « Oui, bon, voilà… il doit y avoir une raison pour protéger le moteur hein », rigole un peu gêné l’old timer avant de me laisser partir. 

    Harley-Davidson Nightster A2 : faux semblants, vraie bonne Harley ?

    © Hamdi Ben Lagha – A2Riders.com

    Vous vous rendez compte, nous n’avons pas encore pris la route et il y a déjà une belle tartine pour expliquer ce Nightster. Quand je vous parlais du poids de l’histoire venue du Wisconsin.

    L’ironie vient de ma première impression : le Nightster me parait un peu « fake », avec beaucoup de plastiques et l’absence de chrome. Étrange réaction de ma part alors que je me moquais il y a 5 minutes des codes esthétiques habituels de la marque bar and shield. Imaginez alors ma gueule quand je découvre, au moment de faire le plein, que le réservoir n’en est pas un car l’essence est stockée sous la selle. C’est en réalité une boite à air. Un faux nez très chiant quand il faut mettre le plein et forcément descendre de la monture pour soulever la selle. Mais une vraie bonne idée, qui maintient le centre de gravité en bas et améliore le comportement de la moto en dynamique. 

    Goddam it, Bobby ! Let’s ride ! 

    © Hamdi Ben Lagha – A2Riders.com

    Avec les premiers tours de roue, je découvre la position de conduite agressive et très différente des autres motos. La selle est au ras du sol à 700 mm, et ça change de la mode du trail qui oblige à prendre un escabeau en balade.

    Les bras vont chercher loin devant le guidon, je suis donc déjà en position penché sur la moto, le cul est un peu en arrière, les jambes pliés, légèrement en avant. Je sens qu’il va falloir s’habituer. 

    Une fois la première appréhension de la position passée, la moto se révèle facile dès le début. Je m’attendais un dragster qui ne tourne pas avec cet angle de chasse et la grande roue de 19. Mais le train avant est amusant, il réagit vite et bien dès qu’on lui donne une consigne. La Nightster est maniable et vive, bien aidée par une répartition des masses soignée. Tiens, finalement, ce n’est pas con le réservoir sous la selle.

    Même en ville, je me sens à l’aise. D’ailleurs la H-D 2.0 a perdu du poids en arrêtant la fonte. 35 kg entre l’ancienne et la nouvelle. C’est toujours 215 kg, mais dans une moto au centre de gravité bas, très bas. Parfait pour se sentir à l’aise, même au feu rouge. Par contre, il ne faut pas trop trainer, le V-Twin vous chauffera le bas du corps façon barbecue de tailgate.

    Je mets du gaz, la moto est rageuse pour une A2 ! « Allo les pirates ? Oui, vous m’avez donné une full je crois bien. Non, elle est vraiment bridée ? Ah bon ? Et bah p*t**n ! ». Le Nightster est bridé électroniquement, et la finesse américaine a été de ne pas trop toucher à la courbe de couple du moteur. Donc, vous voilà avec tous les watts, le plus tôt possible. Dès 2 500 tr/min ça part et ça monte ! Tout le couple se trouve à mi-régime vers 5 000 tr/min. La moto continuera de monter dans les tours au-delà des  7 500 tr/min, mais vous lâcherez les gaz bien avant de vous rendre compte que vous manquez d’allonge. Oui, ce moteur de Harley-Davidson monte haut dans les tours, « comme une Japonaise » s’agace les gardiens du temple.

    En ville, pour avoir une réponse à la poignée plus douce lors de l’accélération, je passe en mode rain. Le Nightster se montre docile, doux et disponible même quand j’oublie de descendre un rapport (ou 4). D’ailleurs, cette boite de vitesse est agréable à manipuler. Précise, je ne rate pas de rapports et je trouve le neutre facilement. Quand le rythme va augmenter, la boite sera dans le bon tempo elle aussi.

    Harley-Davidson Nightster A2 : angry bird

    © Hamdi Ben Lagha – A2Riders.com

    Je pars en balade, et découvre que ce Sportster est une vraie bonne moto en dynamique. « Oui, c’est beaucoup plus sympa à emmener que l’ancienne, ça n’a rien à voir ! », m’explique Bob l’historien référent de ce papier.

    M*rde, alors une H-D peut être sportive et joueuse ? Je me retrouve à attaquer les virages comme on dévore un burger. Mise sur l’angle, repose-pieds qui poncent, moto qui ne bouge pas, changement de côté, le rythme ne baisse pas, le Nightster est réactif et donne confiance.  La moto est instinctive, elle ne demande pas un engagement trop total du corps, ou d’avoir un bon coup de bassin, juste l’envie d’y aller. Une p*t**n de révolution ! 

    Il n’y a que la suspension qui est un peu raide, la faute à un faible débattement (76 mm) dans l’esprit traditionnel Sportster, mais le comportement dynamique n’en souffre pas. Même le freinage, un simple disque à l’avant de 320 mm, mais avec étrier radial 4-pistons de chez Brembo, est parfaitement adapté à la bécane, sans trop en faire non plus. 

    Au lieu de cruiser, je me laisse attraper par la tentation de rouler fort. En mode sale gosse, grand sourire de canaille sous le casque et grosse envie de tirer dans la moto. Je comprends enfin la position de conduite, qui colle l’esprit d’un Sportster et je finis par oublier mon mal de dos de jeune vieux.

    Harley-Davidson Nightster A2 : conclusion

    © Hamdi Ben Lagha – A2Riders.com

    Le Nightster version 2022 est plus abordable pour les débutants, mais garde son ADN : le Perfecto est rangé au placard, mais le blouson noir est toujours de rigueur pour les greasers

    Le Nightster est un hommage au Sportster, l’occasion pour Harley-Davidson de faire le pont entre deux mondes. S’il perd un peu de caractère et d’ambiance sonore. S’il pêche par une finition parfois limite, il gagne en comportement dynamique et en plaisir pris au guidon. N’est-ce pas là l’essentiel ?

    Kustom Kulture oblige, la moto qui sort des lignes de Milwaukee reste assez brute, pour laisser la créativité du propriétaire s’exprimer par la suite. D’ailleurs, Harley-Davidson vous propose un catalogue d’accessoires monstrueux, pour personnaliser votre moto et gommer ses défauts, à votre goût. De quoi faire péter le budget, sur une moto qui coute déjà bien cher à l’achat. Car, oui, le Sportster Nightster a décidé de vivre avec son temps, et ça coûte cher, 15 190 euros, surtout pour une moto « assemblée«  hors des US (Thaïlande). Sauf que la concurrence ne fait pas vraiment mieux, avec par exemple, l’Indian Scout qui démarre à 14 990 euros.

    N’empêche, le Nightster a réussi son coup : attirer un public différent comme moi, qui avait peur des codes Harley-Davidson et d’être obligé de porter une barbe (alors que je suis imberbe). 

    Je me suis pris au jeu à son guidon, je dois l’avouer. Elle ne ressemble pas aux autres motos du marché, car elle reste résolument américaine dans l’âme. Et franchement, elle donne envie de péter la tirelire et de vendre le chat en pièces détachées.   

    Harley-Davidson Nightster A2 : en face ?

    Le catalogue des customs A2 est plutôt famélique. Il faut piocher dans les occasions, avec notamment le Sportster version 48 (forty eight) à l’ancienne ou un obscure custom japonais kitsch du début des années 2000.

    Côté neuf, il y a bien la Kawasaki Vulcan S ou la Honda CMX 500. Des motos sympathiques, mais pas très américaine.

    Il n’y a qu’une seule vraie concurrente pour l’instant …

    Indian Scout

    © Hamdi Ben Lagha – A2Riders.com


    La seule autre Américaine qui sent bon le BBQ. La Scout, c’est un gros bicylindre de 1000 cm³, à refroidissement liquide, mais qui a gardé ses chromes et un look traditionnel. La Scout est moins énervée, plutôt le genre à se conduire dans le gras du régime moteur pour cruiser tranquillement, détaché du monde. On en parle d’ailleurs sur A2Riders !

    J’ai aimé :

    • Son moteur
    • Son bridage imperceptible
    • Sa facilité de prise en main
    • Son côté joueuse

    J’ai moins aimé :

    • Finition douteuse
    • Confort à la longue
    • Le prix

    Fiche technique ici

    Équipements de Julien (1,82 m – 80 kg) 

    8 thoughts on “Test Harley-Davidson Nightster A2 : vrai Sportster ou fausse Harley ?

    1. J’ai un sportster de 2010 une forty eight, un modèle charger d’histoire un compromis entre une modernité modérer(injection, led,allumage…) qui la rendent plutôt très fiable et le caractère mecanique de l’ancien (. Ce que j’aime sur cette moto c’est ce couple géniale qui te fait prendre un plaisir de dingue en restant dans la légalité (je suis passer d’un roadster à ça pour cette raison). Cette possibilité quasi infini de transformer esthétiquement sa moto (l’esprit us c’est aussi et surtout ça). Alors un truc puissant emballer dans du plastique HD s’éloigne à 200/100 de sa cible, chez Harley il y a déjà des modèles pour avoir de la modernité, du confort… avec l’electra ou la road glide, des modèles sportifs… plus sa va plus ont a une moto Européenne c’est vraiment pas ce que je cherche . Donc si à termes HD c’est ça et bien ont ira chercher du caractère chez triumph ou royal enfield et que sais je encore.

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