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    Test BMW CE04 : le scooter électrique du futur du présent. Ou l’inverse ?

    Le scooter électrique, BMW CE04, a la lourde tache de remplacer le C-Evolution, devenu une icône chez les cadres sup’ branchés travaillant à La Défense. Sauf que le CE04 n’est pas une C-Révolution, ni même une évolution du C-Evolution. Vous me suivez ? Non ? Je vous explique.

    BMW CE04 : la mobilité électrique, un marché à conquérir

    © Hamdi Ben Lagha pour A2 Riders

    Pour les citadins, les restrictions autour des émissions polluantes poussent à l’électrique. Les ZFE, Zones à faibles émissions, ont déjà été adoptée par plus de 230 villes au moment où ce papier est écrit et ce chiffre va grossir jusqu’à l’interdiction de vendre des moteurs thermiques dans la prochaine décennie.

    Le marché 2-roues entame donc péniblement sa mue pour une nouvelle offre de mobilité urbaine. Quelques grands constructeurs comme Piaggio, avec le One, et Yamaha avec le Neo’s (37 km d’autonomie), commencent à proposer des scooters urbains électriques, mais équivalents 50 et 125 cm³ seulement. Vous me direz, cela pourrait être pire comme chez Honda, le leader mondial, qui est aux abonnés absents sur l’électrique. Méfions-nous tout de même du japonais qui dort.

    Pour l’instant, le scooter électrique est dominé par les marques chinoises. Ces véhicules s’approchent souvent du consommable, avec une durée de vie limitée, finition et performances qui laissent à désirer et un réseau pour l’entretien un peu à l’arrache. Eux aussi ne proposent pour l’instant aucun équivalent « maxi scooter ».

    Entre en jeu BMW. Les Bavarois avaient brillé par leur audace en 2014 en faisait une révolution au travers du C-Evolution. En quelques années, il est devenu la référence des 2-roues électrifiés. Un gabarit de GT qui offrait des belles performances mais une autonomie (très) limitée. Son successeur, c’est le CE04, encore un BMW qui attaque le segment électrique par le haut de gamme et qui n’a donc aucune concurrence.

    Les Allemands de Munich continuent ainsi de renforcer leur image de précurseurs de la mobilité zéro émission, tout en préparant gentiment l’électrification de toute la gamme « urban mobility », avec notamment un CE02 dans les cartons.

    BMW CE04 : c’est quoi ce truc ?

    © Hamdi Ben Lagha pour A2 Riders

    Si nous étions en réunion dans une PME, et que je faisais une présentation PowerPoint, j’afficherai en gros le mot « DISRUPTIF ». Et vous seriez tous émerveillés : «  Bravo Julien, encore une présentation qui casse les codes sans rien changer, quel talent ! ». BMW a choisi de nous vendre le futur en étant disruptif dans le design, afin de rester conservateur ailleurs. 

    Un carénage minimaliste, anguleux, au look unique. Pendant quelques jours, je me suis fait arrêter régulièrement dans la rue, quasiment à chaque feu rouge. « Mince alors ! A2 Riders c’est vachement connu maintenant ! ». Non, c’est le BMW CE04 qui fait parler. Étonnamment, tous les retours que j’ai eus sur ce design (IRL, in real life, parce que sur Instagram, c’est une autre histoire avec vous bande de motards endurcis) étaient positifs. Peut-être que cette version blanche façon Stormtrooper adoucit elle les lignes « disruptives » du futur. 

    Voici donc un scooter, long, très long, 2, 28 m, une selle plate, très plate. Un design tranché, pour laisser un maximum de place aux batteries et les mettre le plus bas possible.

    Des rangements, il y en a. Un grand vide-poche qui se verrouille (scooter éteint), avec une station d’accueil pour le téléphone et une prise USB C. Le coffre est accessible sur le côté. Il permet de mettre un casque, mais plutôt un jet. Le traditionnel Schuberth modulable ne rentrera pas. Petit donc le coffre, mais de toute façon, il est déjà accaparé par les câbles de recharge, alors finalement, pourquoi faire grand quand vous finirez avec le casque à la main. BMW vous proposera une belle bagagerie en option pour augmenter votre capacité d’emport, comme un top case ou ces charmantes sacoches façon « Lost in Space ». Ils sont malins à Munich.

    La position de conduite, bien droite, comme sur un custom, est agréable et naturelle. Il n’y a pas de plancher plat et la place pour les jambes est limitée. Mais mon petit mètre 82 ne s’est pas senti coincé. Peut-être grâce à un carénage réduit qui vous laisse respirer. Malheureusement, les petits carénages de la face avant du CE04 offriront une protection très limitée par mauvais temps, avec le bas des jambes exposé et une petite bulle à l’effet limité. Heureusement, il y a un pare-brise haut en option. J’espère que vous ajoutez les options sur le configurateur pendant que vous me lisez, histoire d’avoir une idée du prix.

    Vous allez me demander comment est cette selle qui ressemble à une planche de fakir ? Pas si dure que cela en réalité, la texture gel est ferme, mais de qualitée et fait le boulot. Alors, je ne m’amuserai pas à faire 1600 km avec. Mais considérant que vous ne passerez jamais plus de 30 min dessus, puisque vous circulez en ville, elle est suffisante. Au-delà, ce sera une autre affaire.

    BMW CE04 : C-Evolution en moins bien ?

    © Hamdi Ben Lagha pour A2 Riders

    C’est l’un des premiers commentaires négatifs qu’il y a eu sur le CE04 : pourquoi n’ont-ils pas continué avec un scooter GT comme le C-Evolution ? Pourquoi ont-ils perdu en autonomie et en puissance ?

    BMW a recentré son l’utilisation de son scooter sur l’urbain. Si sur les gros chiffres vulgaires, il semble régresser par rapport au C-Evolution, le CE04 veut faire moins, mais mieux.

    Le C-Evolution c’était 11 kW (15 ch) de puissance pour 275 KG. Un 125 avec le poids d’une GS. Sauf qu’électricité oblige, il envoyait de la Watt avec 72 Nm de couple et une puissance en crête de 35 kW (soit 47ch) et montait à 129 km/h. Un gros dragster pas forcément très maniable en milieu urbain et qui n’aimait pas sortir de la ville. BMW parlait de 100 km d’autonomie, mais la réalité était bien différente. La version « Long range » lui donnait plus de puissance, 19 kW (26 ch) et plus d’autonomie, 160 km, n’empêche le GT électrique n’avait pas vraiment du sens.

    Le BMW CE04 corrige donc le tir et propose un scooter moins ambitieux, moins GT, mais plus intelligent à utiliser : plus léger de 40 kg, même si 231 kg pour un scooter, c’est déjà énorme (pour info le Tmax fait 213 kg). Une puissance nominale de 15 kW (20ch) donc 5ch de plus que le C-Evolution, et une autonomie annoncée de 130 km, soit 30 que la version de base du C-Evo.

    BMW CE04 : autonomie/puissance, les compromis de demain

    © Hamdi Ben Lagha pour A2 Riders

    Le CE04 existe dans 2 versions : pour les permis A1 de 31 ch (23 kW). Et une version A2 de 42 ch (31 kW). Attention, je parle ici de puissance en crête, donc de puissance max, ce qui me semble plus pertinent pour de l’électrique, puisque ce sont les Watts que vous mettez à l’accélération. Peu de différence entre les 2 versions, si ce n’est une autonomie (100 km) et une Vmax réduite en A1 de 120 à 110 km/h, pour complaire à la législation. Dans les 2 versions, le CE04, va pouvoir venir titiller certains maxi scooter populaire, disons au hasard le Tmax ?

    La batterie de 8,9 kWh (6,2 kWh sur la version bridée) permet (sur le papier) de rouler 130 km. Une autonomie qui ne s’écroule pas dès les premiers mètres, sauf à s’amuser à faire des courses de dragster à chaque ligne droite. Sur autoroute, le CE04 parvient même à être frugal. Le système de récupération d’énergie est efficace, surtout sur le réglage le plus présent. Il servira d’ailleurs de frein moteur et vous fera économiser de la plaquette de frein. 

    Quoi qu’il en soit, il faudra recharger. Possible au garage, à la maison et au bureau sur une prise 220 V classique. La charge se fera en 4 h et demie pour du 100 %. Sur une borne publique, on est sur 1 h 40 environs. Le temps d’un dej’ de travail. Par contre, vous pouvez rajouter dans le configurateur l’option chargeur rapide. On en est à combien là ?

    L’idée de ce genre de véhicule est de charger une fois par jour, car en ville faire 100 km, c’est déjà énorme. En pratique, si j’étais inquiet au début, j’ai vite pris confiance en l’ordinateur de bord et j’ai réussi à passer une journée à rouler sans trop d’inquiétude en sillonnant Paris. J’ai même oublié de charger pendant la pause, mais je suis parvenu à rentrer dans ma petite banlieue avec plus que suffisamment de batterie restante le soir. Heureusement, je n’habite pas à 50 km de Paris. Car ce sera le vrai défi : définir son périmètre d’utilisation : suis-je trop périurbain pour passer à l’électrique ? Il va falloir viser juste pour calculer son trajet et ses besoins. Les intramurossiens (ça se dit ?) pèserons le pour et le contre avec une trottinette électrique.

    Le futur, c’est silencieux. Aucun bruit de moteur, juste la courroie qui se fait entendre un peu fort et la décélération avec la récupération d’énergie qui produit un bruit peu fatiguant à la longue. Mais au moins, les piétons vous entendent venir. Pour le reste, l’absence de bruit a tendance à modifier votre appréhension de la vitesse. J’ai eu tendance à tirer plus fort sur la poignée (de gaz?) car je n’entendais pas le moteur et que je n’avais pas de repère en dehors de la sensation de vitesse visuelle, à laquelle on s’habitue très vite…

    BMW CE04 : la planche à repasser qui se faufile dans le trafic

    © Hamdi Ben Lagha pour A2 Riders

    Le scooter est long, les batteries sont au ras du sol, cela donne quoi ? Un scooter extrêmement stable et étonnamment maniable grâce à un centre de gravité qui fait disparaitre ses 231 kg. Il n’y a qu’au moment de le mettre sur la béquille centrale que vous allez en baver.

    Le problème pourrait aussi se trouver lors des demi-tours, la longueur de l’engin vous poussera à faire du 3-points de temps en temps. Mais BMW avait prévu le coup et vous a glissé une marche arrière, la même que sur ses grosses GT. Et il faut avouer une chose : comme les poignées chauffantes, la marche arrière est un haut signe de sophistication. Un must-have que l’on ne voudra plus lâcher en reprenant sa GS (le Versys pour moi, simple plébéien).

    Une fois lancé, le BMW est une vraie machine à commettre des infractions en ville. Nerveux, réactif, agile, il faudra rester raisonnable pour ne pas perdre son permis ou le passager et pour ne pas cramer toute la batterie en 5 feux rouges. Un vrai scooter urbain performant, qui se faufile sans forcer entre les files de voiture, en faisant oublier son empattement. 

    Il faudra aussi faire attention aux dos d’âne. La fourche avant possède un débattement limité et s’avère plutôt sèche. L’arrière encaisse bien et s’avère très confortable.

    BMW CE04 : le prix, c’est la connectivité BMW Motorrad 

    © Hamdi Ben Lagha pour A2 Riders

    La vie à bord, BMW sait qu’il s’adresse à ses propres clients, ceux qui recherchent donc un certain standard. On retrouve les commodo et la molette de navigation BMW et surtout l’immense écran TFT couleur de 10,25 pouces, ce qui ravira les possesseurs de 1250 RT.

    La vraie attraction de ce CE04, c’est sa connectivité. Ce scooter, c’est un fantasme de geek. Il vous faudra renoncer à vos habitudes sur Android Auto/Apple CarPlay et ne passer que via l’appli BMW connect. Elle unit votre portable à votre scooter, comme par un pacte de sang ou un mauvais sort. Il permet de gérer les appels, la musique, la navigation, le tout s’affichant en plus que grand sur la dalle TFT. À l’inverse, votre téléphone recueillera via l’application vos trajets, l’état du véhicule et le prochain entretien, l’autonomie restante, la météo, bref votre CE04 ne vous quittera plus.

    Côté sécurité, c’est du BMW avec une électronique complète : ASC pour le contrôle de stabilité, DTC pour l’anti-patinage et modes de conduite. En option, regardez dans le configurateur, vous pouvez ajouter d’autres acronymes barbares et vous pouvez notamment prendre un cornering ABS, pour mieux freiner dans les grandes courbes en ville …

    Conclusion : la mobilité du futur, ce n’est pas pour tout le monde

    © Hamdi Ben Lagha pour A2 Riders

    Le BMW CE04, c’est un scooter que l’on a envie de détester pour tout ce qu’il représente : électrique, élitiste, futuriste, prétentieux, etc.

    Mais soyons clair et disruptif : le CE04 n’a aucune concurrence sur son segment premium. Pire, c’est sans aucun doute le meilleur 2-roues électrique du marché, en tout cas le plus cohérent sur le rapport performance/autonomie.

    Ceux qui possèdent déjà une 1250 RT ou une 1250 GS seront ravis d’avoir un second véhicule pour la ville et de retrouver leur environnement de conduite. Au-delà du CSP+, du bobo parisien ou du patron de PME, ce scooter ne s’adresse qu’aux citadins avec un certain pécule et ne représente donc pas un espoir de mobilité électrique démocratisée.

    12 500 euros pour un scooter, c’est dur. Vous pourrez grappiller un bonus écologique et quelques aides des collectivités locales, mais ce sera une goutte d’eau. Surtout que la culture BMW, vous poussera à prendre des options : charge rapide, selle chauffante, mode de conduite sport, porte-bagage ou encore ces sacoches de baroudeur, la facture va vite grimper et dépasser les 15 000 euros.

    Il reste un espoir pour sauver les apparences : la solution prêt longue durée avec option d’achat : 180 euros par mois pendant 3 ans. Peut-être la meilleure chose à faire pour se payer un CE04.  

    Malgré cela, le BMW a réussi son coup et le CE04 a déjà trouvé son publique. Alors, préparez-vous à en voir plein les villes.

    Et si tout ce futurisme vous emmerde, que vous avez le PEL blindé et l’envie d’en mettre plein la vue en arrivant au boulot, il y a une alternative : la R18, 1800 cm³ de flat-twin thermique. C’est un autre genre, ça fera chier certaines Maires, et c’est bien aussi.

    J’ai aimé :

    • Ses performances de maxi scooter : j’ai grillé tout le monde au feu rouge
    • Son autonomie qui ne fond pas comme neige au soleil en usage réel
    • un 2-roues facile à conduire, agile en ville
    • La marche arrière, c’est la vie !

    J’ai moins aimé :

    • Le coffre ? lol
    • Manque de protections par mauvais temps
    • Le prix. Mais en même temps, BMW n’est pas une marque pour ouvriers.

    Fiche technique ici

    Équipements de Julien (1,82 m – 80 kg) 

    3 thoughts on “Test BMW CE04 : le scooter électrique du futur du présent. Ou l’inverse ?

    1. Je vois pas bien en quoi il est mieux que les trucs chinois deux fois moins chers. Ok il est joli et surement plus sympa à rouler mais avec son kilométrage ridicule il ne sortira jamais des villes, et en ville les qualités dynamiques on n’en profitera pas.

      Et si il faut le recharger tous les jours il faut avoir un garage avec prise, et justement c’est en ville que beaucoup de gens n’ont pas ça. Donc ça m’étonnerait qu’on en voie à tous les coins de rue

      Comme de toute façon c’est un plomb, ils auraient mieux fait de rajouter 30 kilos de batterie au lieu de réduire le poids.

    2. Nom de Zeus, ce look de l’enfer !
      Ce bidule tronerai fièrement à côté de mon E-Solex si mon banquier et mon porteuf ne sortaient pas les mousquets à chaque fois que je prononce CE autrement que dans un contexte de certif…. Oo

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