Ducati Monster - A2Riders.com
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    Nouvelle Ducati Monster : est-ce une hérésie ?

    Le Monster, c’est une icône italienne apparue en 1993. Un beau contre-pied à l’époque, quand les sportives et les motos carénées régnaient en maitresses. Après trente ans de gloire, le poids des ans a fini par peser sur le mythe, le Monster est devenu presque « has-been ». Alors en 2021, Bologne a décidé de faire tabula rasa, de rompre avec la tradition pour faire place à la modernité. « Hérésie ! Sacrilège ! Fumisterie ! » se sont écriés les puristes de la marque italienne avant de finir en PLS.
    Ce qui m’a amené à me poser une question assez simple, un peu honteuse mais une question honnête de débutant en A2 : c’était quoi un Monster ?

    Jean-Philippe et Benoît, les fondateurs de French Desmo Design – Photos ©A2Riders / J. Muntzer

    Il a fallu mener une enquête, prendre des risques, partir loin pour trouver des réponses. J’ai entamé ce reportage comme si je travaillais pour Elise Lucet. J’étais prêt à passer des coups de fils par milliers, à me faire claquer des portes au nez, à me faire insulter. 

     » Pas de problèmes, tu veux passer demain ? On te sortira les bécanes qui vont bien ».

    À l’autre bout du fil en 4G, c’est Jean-Philippe, co-fondateur de French Desmo design avec son compère Benoît. Deux préparateurs de talent qui ont décidé de lier leur vie aux Rossa. Deux précieux informateurs qui vont me permettre de percer le mystère du monstre. 

    Je m’extirpe de la banlieue parisienne direction le lointain Vexin. Pour l’occasion, Ducati m’a prêté un Monster nouvelle génération. Élégante moto noire mate, parfaite pour enquêter incognito. Premier feu rouge « Bonjour monsieur, c’est le nouveau Monster ? Il est super joli ! ». On repassera pour la discrétion mais voilà un bon indicateur de son sex appeal. Il va aussi me permettre une comparaison IRL (in real life pour les plus de 45 ans) entre les Monster « traditionnels » et la version 2021. Maya mon ancienne complice chez Motorlive m’escorte pour la balade, elle aussi avec un Monster 2021 mais en version full. Un bel équipage sur les petites routes, pour une mise en bouche avant notre rendez-vous. À chaque arrêt, l’ont peut discerner un petit sourire sour les casques. Le Monster est plaisant pour le moment et plein de qualités. Mais ne grillons pas les étapes car avant de vraiment essayer la moto dans une seconde partie, nous devons résoudre notre énigme du jour: c’est quoi exactement un Monster ?

    Photos ©A2Riders / J. Muntzer

    French Desmo Design : Ducati dans le coeur

    Une heure, trois paragraphes et quatre lunes plus tard, nous arrivons enfin sur les lieux de l’enquête. Au fond d’un petit village perdu entre les champs, caché dans un ancien corps de ferme, se trouve l’atelier de French Desmo design. Ici pas de vaches ou de machines à traire, mais un garage entièrement équipé, de quoi réparer, transformer, fabriquer des pièces sur-mesure, refaire des peintures, etc. Tout ou presque est réalisé sur place pour des préparations esthétiques ou des modifications plus poussées afin d’améliorer les performances des bécanes. Un travail un peu fou mais réalisé avec minutie. Sur l’un des deux ponts, nous nous approchons pour examiner une préparation en cours, « désolé c’est un projet secret, on ne va pas pouvoir vous laisser prendre de photos« . Il faudra me croire sur parole si je vous dis que cette moto complètement excentrique devrait faire tourner des têtes. (Ou alors consulter leur compte instagram)

    Jean-Philippe me fait sortir avant que je ne puisse voler un cliché. Benoît attend dehors, il a sorti de la petite grange plusieurs Monster de générations différentes et dans des états variables, certains en train d’être retapés, d’autres rutilants qui attendent de retrouver leur propriétaire. Un avant goût du paradis façon Ducati. 

    Devant la petite collection, je pose alors l’arme du crime pour confronter mes informateurs. Il n’en fallait pas plus pour délier les langues. Les deux compères s’approchent, la passe à la loupe, touche les éléments, « tiens on va pouvoir faire de la customisation à plusieurs endroits, je crois qu’ils ont prévu le coup à Bologne, à mon avis on pourra mettre des pièces en carbone là aussi » s’amuse Jean-Philippe qui s’imagine déjà travailler dessus.
    Avant que la moto ne se fasse démonter je lance une nouvelle perche, plus visible celle là : « on est d’accord, ce n’est pas un Monster ?  –  Si c’est un Monster … » me répond Benoît avec un regard malicieux avant de se mettre à rire, « non, c’est pas vraiment un Monster. Forcément il y a des choses qui ont changé ». Nous voilà enfin au coeur de l’enquête.

    Photos ©A2Riders / J. Muntzer

    Un Ducati Monster sans treillis est-il encore un Monster ?

    Le premier indice ? C’est la disparition du cadre tubulaire, la marque de fabrique du Monster qui le rendait identifiable au premier coup d’oeil. Mais dans le dessin aussi, il y a beaucoup de changements, « on avait un design souvent plus bas, une moto plus ramassée, un peu plus courte » m’explique Benoît. 1.474 mm d’empattement pour la nouvelle. En comparaison, l’empattement était de 1 440mm pour une 996 S4R de 2005.

    En faisant disparaitre l’iconique cadre treillis, Ducati a voulu gagner du poids. Le cadre en maintenant en deux parties : en aluminium avec la boîte à air intégrée pour la partie avant. Quand à la boucle arrière, c’est en fibre de verre et polymère. 6,4 kg de moins pour un châssis plus rigide, plus léger et donc plus maniable. Fini aussi le mono bras à l’arrière qui cède la place à un bras oscillant classique, double, encore une fois pour gagner un peu de poids.

    Mais il faut relativiser ces gains sur la balance, faux éléments de rupture avec les générations précédentes « ça a toujours été des motos assez légères, en fonction de leur motorisation même dans les années 2006 2007 pour la 695 c’était une moto qui faisait 170kg (à sec, ndlr) »

    Le vrai changement, c’est le comportement. Les Monster étaient des motos peu maniables avec un rayon de braquage plus que limité à basse vitesse et qui demandaient beaucoup d’engagement dans les virages. Une moto à l’ancienne qu’il fallait brutaliser pour en sortir de la précision. Logique.

    Le Monster c’était aussi et surtout un moteur rugueux, compliqué à gérer. « Si on compare les cylindrées sur la 950 et ce qu’on pouvait avoir en 996, on n’est pas du tout sur les mêmes motos, elles étaient très caractérielles, compliquées extrêmement coupleuses, et une gestion du frein moteur très dur », explique le maître de l’atelier French Desmo Design. En comparaison sur le Testastretta de la Monster 2021 est plus doux dans son utilisation, comme nous le verrons. Un moteur aussi avec une plage d’utilisation plus importante comparée aux anciennes générations, « les anciennes cognaient plus en bas, donc il fallait un certain temps pour s’habituer à la gestion du couple et du frein moteur. On ne pouvait pas rouler en 2e ou en 3e à 50km/h alors que là, avec les nouvelles injections on peut rouler plus bas dans les tours, avoir une moto plus souple à la reprise des gaz sans se prendre toute la puissance d’un coup ».

    Photos ©A2Riders / J. Muntzer

    La Ducati Monster est une icône pour tous

    Je me rend compte qu’il fallait être un peu masochiste ou avoir un coup de guidon déjà bien affûté pour manier correctement un vieux Monster. Je comprends aussi que c’est ce caractère d’étalon sauvage qui a transcendé la moto en une icône. Celui qui avait un Monster faisait parti d’une élite de connaisseurs. Aujourd’hui, c’est tout l’inverse. C’est la polyvalence et la facilité d’utilisation qui prime. Le résultat des progrès techniques, qui a pour effet secondaire de faire hurler les puristes qui dénoncent des motos dénuées de caractère. Benoît et Jean-Philippe relativisent, « toutes les motos ont changé, les hyper sports aussi sont plus simples plus abordables et du coup on attire un public plus large ». La moto se démocratise, ses icônes aussi. 

    Mais alors s’il fallait retenir un Monster, le vrai, l’original, l’agent zéro, lequel faut-il choisir ?  «  À la base un Monster c’est une moto à refroidissement par air. Donc forcément la dernière génération avec le plus gros moteur à air vraiment sympa c’était la S2R 1000, après le Monster 1100 est une moto exceptionnelle et l’une des plus légères. Encore une fois, cela dépend de ce que l’on recherche : un moteur à air, du couple et moins d’allonge. » explique Benoît perché sur sa S4R. Une caresse affectueuse sur le réservoir et il enchaîne « moi si on me demande je garderais celle là, c’était le Monstre ultime pour punir les hyper sports … sur circuit bien entendu ! ».

    Pour survivre et perdurer le Monster a du laisser son héritage de côté. Le prestige du nom reste, certains clins d’oeil aussi comme le dessin du réservoir, ou le principe d’un roadster compact et sportif. « C’est différent … » cherche à conclure Benoît,« ce n’est pas le même esprit c’est sûr. Mais ça n’en fait pas une mauvaise moto ».  

    C’est désormais ce que nous allons chercher à savoir : la marque Ducati a-t-elle réussi à faire une bonne moto ? Pour cela il ne faut plus enquêter mais rouler. Direction donc la Bourgogne pour continuer à parler du Monster

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